Comment les Croix-Rouge sénégalaise et espagnole comptent préparer les populations contre les catastrophes naturelles.

Le projet CLIMA-RISK, inscrit dans le programme de coopération territoriale MAC 2014-2020 et dirigé par l’ITC (Institut technologique des Canaries), favorise lacollaboration entre les Croix-Rouge sénégalaises et espagnoles et le Croissant-Rouge mauritanien afin de renforcer leur capacité de réaction aux catastrophes naturelles quimettent en danger la qualité de vie de centaines de foyers. Par ailleurs, l’initiative est en quête d’outils techniques qui préparent les territoires aux risques de catastrophe.

risk_2Communauté vivant autrefois aisément de la pêche, ses habitants doivent aujourd’hui subsister avec 1 000 francs CFA par jour (1,50 €). La vie de 54 familles installées dans la zone côtière de la Langue de Barbarie, située à l’embouchure du fleuve Sénégal à Saint- Louis, s’est vue brisée lorsque la montée du niveau de la mer qui s’est produiteen 2015 et 2018 a détruit leurs foyers et fait disparaître leur attirail de pêche. Quelque260 personnes ont été déplacées à l’intérieur du territoire par la Croix-Rouge sénégalaise et elles se trouvent à présent à 13 kilomètres de leur ancien foyer, dans la communauté de Khar Yalla, « En attendant Dieu » en Wolof. À quelques mètres de laroute, 54 tentes s’organisent autour d’une petite salle de prière. Aujourd’hui, au lieu du bord de mer, la communauté vit au milieu de kilomètres de terres, où la chaleur est deplomb et où les risques d’inondation à cause des fortes pluies n’ont pas disparu.

Ils ont gardé quelques animaux : deux ou trois vaches et surtout des agneaux. Il y aaussi un âne, sur lequel se dresse le petit Bouba, chargé de bidons qu’il remplit avec de l’eau d’un puits pour ensuite les vendre. « C’est inquiétant. Le risque de mortalitéinfantile augmente à cause de plusieurs maladies et de la grande difficulté pour serendre à l’hôpital car il est très loin », déplore Abdoulaye Gueye, agent de la Croix- Rouge sénégalaise. La catastrophe a été utilisée comme exemple pour le projet CLIMA-RISK, inscrit dans le programme de coopération territoriale Interreg MAC 2014-2020, dirigé par l’ITC (Institut technologique des Canaries) et financé à hauteur de plus de 2 millions d’euros, pour former et sensibiliser à l’importance de savoirrépondre aux catastrophes provoquées par le changement climatique.

Ainsi, dans le cadre de cette initiative, 23 techniciens du Croissant-Rouge mauritanien et des Croix-Rouge espagnole, sénégalaise et togolaise se sont réunis à Saint-Louis ennovembre dernier dans le cadre d’une formation sur les effets de la résiliencecommunautaire grâce au renforcement des capacités d’intervention. Les contenus théoriques ont été mis en pratique lors d’une visite à la communauté de Khar Yalla, où les stagiaires se sont entretenus avec des femmes, des hommes et des enfants sur l’avant et l’après de la destruction de leurs foyers. Julie Mayans, déléguée à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance de la Fédération internationale des Sociétés Croix-Rouge et Croissant-Rouge et l’une des formatrices de la rencontre, explique que« quelquefois, ils ne mangent même pas trois fois par jour, et parfois les enfants ne
peuvent pas aller à l’école car il n’y a pas assez d’argent pour le transport ».
L’objectif principal, tel que l’explique Gonzalo Isturiz, Croix-Rouge espagnole, est de connaître les techniques pour mesurer l’aide dont les personnes touchées ont besoin pour pouvoir mener une vie digne en accord avec leur culture. « Il ne s’agit pas uniquement d’avoir accès aux aliments de base, mais aussi d’avoir des ressources pourperpétuer leurs traditions, par exemple les enterrements ou les mariages », précise-t-il. Ainsi, les organisations seront mieux préparées pour agir dans les cas de ce type qui surviendront dans le futur. Les changements des régimes de pluie de ces dernières années affectent aussi directement la capacité de production de 80 % des familles, aussibien au Sénégal qu’en Mauritanie, centrée sur l’agriculture, et a laissé cette année 245 000 personnes en situation d’insécurité alimentaire, comme le rappelle Gemma Arranz,déléguée du centre pour les Moyens de subsistance de la Croix-Rouge en Afrique. Pour sa part, Mohammed Abdoulahy, membre du Croissant-Rouge mauritanien, affirme que le manque de pluie qui existe dans le pays depuis 2011 a eu comme premièreconséquence l’augmentation de la malnutrition chez les enfants, laissant 15 % de la population infantile en situation de malnutrition sévère dans certaines régions en 2011. « La sécheresse touche directement le pâturage et la production agricole, entraînant la disparition des aliments de base de l’alimentation mauritanienne : les céréales, la viandeet le lait », conclut Mohammed Abdoulahy.

Au Sénégal, la Croix-Rouge a mis en place depuis 2016 l’utilisation de la technologiepour informer les agriculteurs de la météo et qu’ils s’adaptent ainsi au changementclimatique. Abdoulaye Gueye explique que les chefs des différents villages disposentd’un téléphone portable sur lequel ils reçoivent un message avec toutes les informationssur la météo du mois. « Il s’agit d’un système d’alerte précoce », précise-t-il.

Un territoire à l’essai pour les catastrophes

Le développement d’outils technologiques comme stratégie d’adaptation et de réaction au changement climatique est précisément l’un des points clés du projet CLIMA-RISK.Il centre également ces actions sur l’élaboration d’études techniques orientées sur laplanification stratégique du territoire. À cet égard, il bénéficie de la collaboration del’Université de Las Palmas de Gran Canaria (ULPGC) et étend sa mission au Cabo Verde. Les îles Canaries et l’archipel africain sont des territoires entièrement exposés à la mer et à ses phénomènes naturels. C’est pourquoi une planification stratégique duterritoire qui garantisse leur résilience est vitale. Une dizaine d’enseignants de l’Université de Las Palmas de Gran Canaria y travaillent actuellement. « La prévention, l’atténuation des risques et la gestion de catastrophes sont les trois branches surlesquelles se centre l’étude », indique l’enseignante Flora Pescador. Pour ce dernier domaine, l’objectif est de « développer des constructions destinées au refuge et à laprotection en cas de catastrophe et de risques ».

Les experts étudient actuellement différentes zones du sud et du nord de l’île de GrandeCanarie qui, selon Flora Pescador, peuvent être utilisées comme zones pilotes pourmettre en pratique la méthodologie de l’atténuation. Ils souhaitent transférer au CaboVerde l’expérience qu’ils acquerront dans la région en raison des similitudes quepartagent les deux territoires. Leur mission ne se limite pas uniquement au périmètre del’île ; elle concerne également le Sénégal. « Ce sont tous des territoires vulnérables au changement climatique. Les érosions au niveau de la mer, le climat semi-aride et les
pluies torrentielles sont des conséquences perceptibles de ce phénomène », constatel’enseignante des Canaries.

En quête de nouveaux produits marins

Les changements rapides que connaît actuellement la planète obligent à chercher denouveaux produits et de nouvelles industries. Ainsi, l’Institut technologique des Canaries (ITC) a fait de la grande biodiversité marine de la Macaronésie l’épicentre duprojet MACBIOBLUE, une autre initiative inscrite dans le programme de coopération territoriale Interreg MAC 2014-2020 et financée à hauteur de près de 2 millionsd’euros. Plusieurs universités et centres de formation des Canaries, du Cabo Verde etdu Sénégal développent actuellement des actions de formation qui aideront les entreprises à renforcer les « biotechnologies bleues », lesquelles consistent à identifieret créer de nouveaux produits et procédés industriels dans l’océan. L’un des secteurspotentiels est l’exploitation commerciale des espèces d’algues autochtones.

Le projet a pour finalité d’atteindre le marché régional et international et de créer de la richesse et une diversification. Pour cela, il s’appuie sur la technologie comme outil etdéveloppe des actions de démonstration dans les centres de R&D des partenaires.L’idée est de réutiliser et donner une utilisation efficace à la grande quantité d’algues qui s’accumulent dans les océans des territoires de coopération ; certaines d’entre ellespeuvent avoir une utilité dans le domaine de l’esthétique mais aussi de lapharmacologie. Le principe transversal à toutes ces activités est le développement durable ; en effet, MACBIOBLUE défend l’utilisation uniquement d’algues présentantun grand intérêt afin de veiller à la conservation de cette ressource ayant une grande valeur environnementale dont dépendent d’autres activités vitales comme la pêche.

Par Natalia G. Vargas, journaliste

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